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En parlant des lavandières

Dans le roman « La vie des gens, autres temps, autres mœurs, » il est question du métier de lavandière. Voici un tour d’horizon sur l’évolution des différentes manières de laver le linge à travers les âges.

lavandières en bord de Loire (photo DR)

Lessiver, laver le linge, voilà plus de 4500 ans que ça dure !

Jacob Christian Schäffer, en 1765, eut le premier l’idée d’inventer une machine à laver le linge.

Mais il fallut attendre presque 200 ans pour que ce génial appareil arrive dans nos foyers et nous débarrasse de la corvée de lessive.

La laveuse à rouleaux est inventée en 1843 par John E. Turnbull
En 1866 apparaissent, en Angleterre, les premières machines à laver mécaniques fonctionnant à manivelles.
En 1889, François Proust invente la lessiveuse, alternative entre le lavage manuel et la machine à laver.
L’Américain Alva John Fisher dépose un brevet pour une machine à laver électrique en 1910.
Elle ne sera présentée en France qu’en 1930 à la Foire de Paris.
En 1937, Rudique invente la première machine semi automatique.
Les années 60 voient apparaître les premières machines où l’essorage est obtenu par la force centrifuge au sein du tambour

Depuis, la technologie n’a pas cessé d’évoluer. Mais avant d’en arriver là, il a fallu plus de 4500 ans de lessivages, frottages, grattages et autres décrassages manuels.

Dans l’Odyssée, Homère décrit comment Nausicaa et ses amies lavaient le linge dans la mer et le laissaient sécher au soleil. (On peut se demander quel effet le sel pouvait avoir sur les vêtements ?)

Les Romains utilisaient l’urine fermentée pour blanchir les toges. (Hummm… ça devait avoir une odeur… spéciale !)

En Gaule et en Germanie, on utilisait de la graisse animale mélangée à des cendres en guise de lessive. (Là, on s’approche du savon.)

Mais il faut attendre le début du moyen-âge, en Italie et en Espagne, pour que soit fabriqué le savon à partir de chaux cuite.

Jusque-là, on faisait la buée (d’où buanderie), c’est-à-dire la lessive, pour le gros linge, une fois par an, au printemps.

À partir du XIXe siècle, deux « grandes buées » ont lieu à l’automne et au printemps.

Dans les années 1900, on lave une fois par mois et à partir de 1930, une fois ar semaine.

On imagine aisément la quantité de linge que chaque maison devait posséder pour garder une hygiène tout à fait approximative ! Et combien il fallait être riche pour ne laver que deux fois l’an autant de draps, linges de corps, torchons et autres mouchoirs : 70 draps, 70 chemises, plusieurs dizaines de torchons et mouchoirs.

https://www.fontaine-fourches.com/

Pour les petites lessives (le linge de corps), on lavait les lundis, à la maison, et on venait rincer au lavoir. C’était l’occasion, pour les ménagères, de papoter et de répandre les cancans !

Avant de laver autant de linge, il fallait le trier, le faire tremper, cuire la lessive, rincer et enfin étendre pour faire sécher.

Ces grandes buées (ou bugades) qui duraient généralement trois jours, étaient l’occasion de se réunir en famille ou entre voisins. Les familles les plus riches louaient les services de lavandières.

Le premier jour, appelé « purgatoire », on triait (d’un côté le blanc, lui-même trié en fonction de sa saleté ou de sa finesse : draps, torchons, nappes, sous-vêtements, mouchoirs…), de l’autre, les couleurs (vêtements, chaussettes) et les lainages.

Le tri terminé, on faisait tremper dans un cuvier (grosse cuve en bois ou en fer) pour éliminer les premières salissures, et on peaufinait en frottant les saletés les plus tenaces à l’aide d’une brosse à chiendent.

Le cuvier, la planche à laver et le battoir
La brosse à chiendent

Le deuxième jour, ou « enfer », l’eau de trempage était vidée pour procéder au coulage de la lessive. Il s’agissait d’ arroser le linge avec de l’eau de plus en plus chaude puis de le faire bouillir avec des copeaux de savon et des plantes aromatiques une demi-journée, tout en brassant l’ensemble à l’aide d’un bois long et solide. Les vapeurs et la chaleur dégagées par cette opération devaient être étouffantes, d’où cette référence à l’enfer.

Lorsque le linge avait refroidi, il était retiré du cuvier et disposé sur des tréteaux pour l’égoutter. 

Le troisième jour, « le paradis », le linge était chargé sur des brouettes jusqu’au lavoir pour y être battu et rincé. Le battoir permettait d’extraire un maximum de savon et de saleté. Le rinçage se faisait en étalant le linge au fil de l’eau sans le lâcher, car toute lavandière ayant lâché son linge dans la rivière perdait sa réputation. Il était battu, jusqu’à ce qu’il soit parfaitement propre et débarrassé d’eau savonneuse. On l’essorait en le tordant pour en éliminer un maximum d’eau.

Enfin, ramené au foyer pour y être séché, le linge était étendu à même l’herbe des prés ou sur des grands fils. Il fallait à plusieurs reprises le retourner jusqu’à ce qu’il soit parfaitement sec et qu’il ait retrouvé sa blancheur (pureté) originelle. C’est pour cette notion de pureté que cette journée était baptisée paradis.

Le lavoir

http://espritdepays.com/

recettes pour fabriquer son savon maison : http://lesrecettesdejuliette.fr/

D’après le Littré :

lessive : Dissolution alcaline qui sert à blanchir le linge, et que l’on prépare en faisant passer de l’eau chaude sur un lit de cendre de bois neuf ou sur un lit de soude. Couler la lessive. Mettre du linge à la lessive. Linge blanc de lessive. Action de laver du linge (faire la lessive).

Linge : du latin lineus. Toile de lin, de chanvre ou de coton, employée aux divers besoins du ménage.

Lavandière : Laveuse professionnelle qui louait autrefois ses services aux familles aisées.

LAVER SON LINGE SALE EN FAMILLE

le lavoir était l’endroit où les ragots et les commérages allaient bon train et où on pouvait se tenir informé sur les potins de la contrée et bien au-delà.

Laver son linge au lavoir permettait aussi de parler des histoires et problèmes familiaux, de les ébruiter et de permettre les commentaires et autres ragots. Une expression populaire affirme qu’un secret n’est bien gardé que lorsque tous ceux qui le détiennent sont morts !

L’expression laver son linge sale en famille signifie donc : plutôt que d’aller débattre des problèmes de la famille (le linge sale) au lavoir, mieux vaut les régler (les laver) au sein du foyer pour les garder secrets.

On attribue cette expression à Voltaire, au XVIIIème siècle. Casanova l’aurait également utilisée ainsi que Napoléon.

Voilà, il y aurait encore beaucoup à dire sur l’évolution de la lessive selon les régions, le milieu (rural ou urbain, riche ou pauvre…), et les époques.

Je m’en remets à vos commentaires pour compléter cet article qui, je l’espère, chers lecteurs, vous aura intéressés.

2 Comments

  1. TJSDB

    Techniquement (au sens manuel), on se trouve bien dépassé à la lecture de ton article Mona et on se pose bien évidemment la question de la force et du courage pour telle corvée. Mais, tu nous y révèles des pistes. L’aspect sociale de cette tâche est intéressante et mérite évidemment de s’y pencher : les ragots et autres échanges… cette corvée dépasse la visée hygiénique. Le collectif aussi et son organisation est un exemple. Ce sujet, ce rituel est d’une richesse et je suis certaine que chaque pays a son lot d’anecdotes.

    • Ml33-830

      Merci TJSDB pour ce commentaire. Effectivement, jusqu’à la démocratisation de la machine à laver, l’action de laver le linge dépassait l’aspect purement hygiénique de cette corvée. Non seulement nécessaire, c’était également une façon, pour les femmes, de sortir de l’enfermement et souvent de la solitude du foyer. Pour d’autres, c’était une profession des plus dures qui exigeait une belle endurance au froid, à la chaleur, aux gerçures et autres bronchites et rhumatismes. Cependant, le lavoir était le lieu de rencontre par excellence des ménagères où les réputations se défaisaient aussi vite qu’elles s’étaient construites à coups de discours, de ragots et de cancans et où on se tenait informé des nouvelles colportées par les marchands de savon, notamment. Aujourd’hui, ils nous serait bien difficile de retourner à ces pratiques dont la rudesse ne serait plus supportable, habituées que nous sommes à notre confort et à l’attention que nous portons à notre santé. A quarante ans, nous sommes encore très jeunes aujourd’hui, alors qu’à ces époques, on était au seuil de la vieillesse.

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