Il était une fois un rossignol qui vivait dans une volière. Il avait, pour compagnons, quatre perroquets bavards qui répétaient tout ce qu’ils entendaient : Le « tchou-tchou » du train, la trompette du voisin, le sifflet de l’agent, la chanson du vent, et même les paroles des gens.

Le rossignol, qui ne savait pas que la nature l’avait pourvu d’une belle voix, essayait de les imiter, mais il ne sortait de son gosier que des sons dont ses compagnons se moquaient.

Un jour, une Diva l’entendit et l’acheta. « Tu as une belle voix, lui dit-elle, je vais faire de toi mon partenaire, mais il va te falloir beaucoup travailler ». Rossignol travailla, travailla, travailla encore et devint une grande vedette. Les rossignols, jaloux, voulurent l’imiter…

Lire quelques extraits de « Le rossignol et les perroquets » :

… Resté seul, Rossignol s’ennuyait, s’ennuyait… Il s’ennuyait tant et tant qu’il en pleurait. Mais au lieu des ouin, ouin que font habituellement les gens lorsqu’ils pleurent, il sortait, de son gosier, des sons tellement mélodieux que lorsque ses maîtres l’entendaient, ils en étaient très étonnés, car jamais, auparavant, ils ne l’avaient entendu s’exprimer d’aussi belle manière.

Mais Rossignol n’était pas satisfait de sa voix si différente de celle des perroquets car, il l’ignorait, sa nature n’était pas d’imiter le « tchou-tchou » du train, ni la trompette du voisin ou le sifflet de l’agent, la chanson du vent et encore moins les paroles des gens. Non, sa nature était de chanter et on ne peut rien contre ce qui est naturel. Alors, sans même le vouloir et pour tromper son ennui, il chanta. Il chanta si bien et si fort qu’une diva, passant par-là, fut intriguée par ces sons mélodieux qui sortaient du gosier de cet oiseau. S’approchant, elle poussa quelques vocalises ; instinctivement, rossignol, dont la nature était de chanter, lui donna la réplique et tout naturellement, il trouva le ton juste. Émerveillée, la cantatrice acheta le bel oiseau et l’emmena dans son théâtre.

« Tu es fait pour chanter, mon rossignol, lui dit-elle et avec moi, tu vas apprendre les secrets qui font d’une belle voix une voix d’or ».

Le rossignol, qui recevait pour la première fois de sa vie un compliment, en fut tout retourné ; pour remercier sa bienfaitrice et lui montrer sa joie, il lança des triolets à gorge déployée et fit une sérénade endiablée. Tant et si bien qu’il s’égosilla jusqu’à ne plus pouvoir émettre un son ! …

Les perroquets, d’on ne sait où ils se trouvaient, eurent vent de ce succès ; ils vinrent écouter leur ancien compagnon et n’en crurent pas leurs oreilles. De jalousie et de rage, leurs belles couleurs se ternirent et leurs plumes se hérissèrent comme les poils du chat lorsqu’il est en colère. Après le spectacle, curieux, ils allèrent saluer Rossignol qui, pensant qu’ils étaient venus par amitié pour lui, fut heureux de les retrouver et les accueillit à bras ouverts dans sa loge remplie des fleurs et de fruits exotiques que lui envoyaient ses admirateurs.

En voyant rossignol si gâté et si heureux, leur jalousie ne connut plus de borne.

« Pfff ! dit l’un, à part chanter, il ne sait rien faire d’autre.

—Evidemment, continua un autre, il a eu de la chance de la rencontrer, cette diva. Sans elle, il n’aurait même pas su sortir un son de son gosier !

—Mais nous, répliqua le troisième en lissant ses plumes, nous sommes plus beaux que lui !

—Et plus intelligents ! S’écria le quatrième. Car nous savons imiter Le « tchou-tchou » du train, la trompette du voisin, le sifflet de l’agent, la chanson du vent, et même les paroles des gens et si nous le voulons, nous pouvons faire beaucoup mieux que lui ! …

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